Le 28 septembre, le média indépendant Médiapart a révélé des messages à caractère antisémites attribués à Jordan Bardella. En réaction, le directeur du Rassemblement national annonce porter plainte. Le média d’investigation n’en est pas à son coup d’essai : révélation de l’affaire Cahuzac, du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye… au point de devenir “le” média indépendant français, aux côtés de Disclose, Fakir, Reporterre ou encore la Revue XXI. Ces médias (la coopérative citoyenne des médias indépendants Coop-médias en dénombre plus de 80 en France !) se distinguent des grands groupes de presse, de radio et de télévision contrôlés par une poignée de grands patrons.
“Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter”
Selon cette même source, un média indépendant doit être précisément “autonome vis-à-vis des pressions politiques, économiques ou idéologiques. Il met en oeuvre tous les moyens nécessaires pour assurer l’indépendance éditoriale de sa rédaction”.
A l’inverse, les médias traditionnels subissent différentes tensions. Les actionnaires peuvent exercer une influence sur le choix du directeur du média et, éventuellement, du rédacteur en chef chargé de fixer une ligne éditoriale guidant le traitement des sujets. Seulement, en France, l’acquisition des médias n’est pas la seule activité des financeurs : Vincent Bolloré par exemple travaille dans la logistique pétrolière et possède une part de Canal+. Bernard Arnault, directeur de LVMH, possède quant à lui Le Parisien, Paris Match ou encore Les Echos. Laurent Mauriac, co-fondateur de Brief-me estime ainsi que “leur métier [aux actionnaires] n’est pas la presse. Il y a conflits d’intérêts”.
De même, en étant financés par des publicités, les médias mainstream sont soumis à la pression des annonceurs. Selon l’Alliance de la presse d’information générale, les médias doivent être aussi soutenus financièrement par l’Etat, car ils sont un enjeux majeurs de nos sociétés en “éclairant les citoyens” et “animant le débat démocratique”. L’Alliance estime ainsi que les dispositifs se sont “multipliés” pour “répondre aux nouveaux enjeux (transition numérique, écologique…), mais que pour autant, le “montant global des aides à la presse tend plutôt à décroître”.
S’ils peuvent également percevoir des aides publiques, le modèle économique des médias indépendant repose davantage sur les dons et les abonnements : “seuls nos lecteurs peuvent nous acheter” clame Médiapart. Et ça marche : en 2025, avec 257 383 abonnés, le journal a réalisé 28,1 millions d’euros de chiffre d’affaires et dégagé 4,4 millions d’euros de bénéfice net. Il affiche ainsi quinze années consécutives de rentabilité.
Remettre en question le monde des médias, est-ce si facile ?
Si certains médias indépendants ont su se pérenniser grâce à leurs abonnements comme Mediapart, ce n’est pas le cas de tous. Les médias sont confrontés à de nombreuses limites. Certains cherchent à s’agrandir, mais l’environnement économique dans lequel ils évoluent reste particulièrement fragile, compliquant leurs missions journalistiques. Selon une étude du ministère de la Culture et de l’Arcom publiée en janvier 2026, 56 % des médias interrogés étaient déficitaires en 2024. Parmi eux, les médias indépendants figurent parmi les acteurs les plus exposés à ces difficultés. Selon Coop-média, ils manquent également d’outils, que ce soit juridiques, humains voire organisationnels, avec notamment un besoin d’espace de travail.
Pire encore depuis que Google a mis à jour son moteur de recherche : l’une des premières réponses données est désormais faite par IA, ce qui contribue à faire perdre de la visibilité aux médias indépendants. Reporterre accuse “les plus grands acteurs médiatiques de pactiser avec les géants de l’intelligence artificielle” afin d’être mis en avant, au détriment des plus modestes rédactions. D’après la direction de la rédaction, seuls les lecteurs ont aujourd’hui le pouvoir de faire subsister les plus petits médias.
Les médias indépendants restent aussi fortement concurrencés par ceux mainstream : selon l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias (APCM), le deuxième média le plus lu en 2025-2026 était Le Figaro, propriété de la famille Dassault. Le groupe prétend avoir 24.8 millions de lecteurs chaque mois, soit “près d’un Français sur deux”.
Les médias indépendants : le futur du journalisme ?
Pour faire face à ces limites, des initiatives sont mises en place, notamment par Coop média. La coopérative a créé un kiosque de médias indépendants, investi 250 000 euros dans le financement de cinq médias, et a lancé un fond de solidarité. On peut retrouver Vert, Bon Pote, Basta, Reporterre ou encore StreetPress. En tout, ce sont plus de 80 médias qui ont rejoint Coop, dans le but de “renforcer la solidarité en mettant en commun les ressources”.
Aujourd’hui, nous assistons à une remise en question du paysage médiatique. Le mouvement “Zapper Bolloré” de mai, ayant pour fer de lance la remise en cause de la détention des médias par une poignée de personnes, a été suivi par des médias traditionnels comme Libération. Plus généralement, les médias luttent pour leur liberté d’expression, comme CNN, Politico et MS NOW aux États-Unis qui ont intenté une action en justice contre l’administration de Donald Trump après que celui-ci leur ai interdit l’accès à la Maison blanche courant septembre. Le paysage médiatique se transforme : Sciences & vie s’est déchiré pour donner naissance à Epsiloon, reposant presque exclusivement sur la vente de numéros. Ainsi, même s’il semble difficile d’atteindre une indépendance totale de la presse, des actions sont mises en place en ce sens.
